Kais - Des émeutes entre la Gendarmerie et les habitants
Mercredi , 07 mars 2007, 20h00

Enfants de KaisSelon une de nos sources dans le pays Chawi, la ville de Kais, département de Khenchela, a connu aujourd'hui des affrontements entre les habitants et la gendarmerie. Cet accrochage est survenu suite à la mort d'un habitant par balle.
Pour l'instant le bilan des émeutes est de deux morts et plusieurs blessés.

Affaire à suivre.

 

 

Émeutes à Kaïs
Jeudi, 08 mars 2007

Des émeutes ont secoué hier matin la daïra de Kaïs, située à une trentaine de kilomètres du chef-lieu de la wilaya de Khenchela. Tout a commencé lorsque des familles et des jeunes de la région se sont rassemblés aux alentours de la brigade de gendarmerie pour avoir des informations sur les circonstances de la mort d’un des leurs, un jeune homme âgé de 30 ans.
Selon des informations, ce jeune qui revenait d’une fête de mariage, en compagnie de deux autres amis, a refusé de s’arrêter à un barrage dressé par la gendarmerie, faisant demi-tour, car il n’avait pas sur lui les papiers de la voiture. Les gendarmes ont tiré donc sur lui. La victime est un parent au P/APC de Kaïs. Ce dernier est intervenu pour calmer les esprits après que quelque 300 personnes s’étaient rassemblées hier matin près de la brigade de la gendarmerie. La foule ne voulait rien savoir et a commencé à saccager les locaux de la brigade, les gendarmes ont alors usé de balles en caoutchouc pour disperser la foule.
Le bilan fait état d’un mort et de plusieurs blessés. Alors que la situation demeurait tendue hier en début de soirée, les citoyens ont dénoncé l’absence sur le terrain de responsables locaux ainsi que ceux de l’exécutif de wilaya afin de désamorcer la crise. La RN88 reliant Batna à Khenchela reste toujours coupée à la circulation.

W.B. & F. L
Source : Liberté

Émeutes à Kaïs : On y compte au moins deux morts et des dizaines de blessés
Jeudi, 08 mars 2007

L’histoire serait-elle en train de se répéter ? Le précédent de Béni- Douala, qui avait entraîné la Kabylie et plusieurs régions du pays dans une spirale infernale de violence des mois durant, vient de secouer la région de Kaïs dans la wilaya de Kenchela. Des gendarmes ont une fois encore tiré sur des manifestants causant la mort d’au moins une personne et blessant plusieurs autres.
Deux personnes auraient trouvé la mort et une dizaine d’autres blessées par balles suite aux violentes émeutes qui se sont déclarées hier dans la localité de Kaïs à Khenchela. C’est du moins ce que nous ont déclaré des sources locales alors qu’un autre bilan, officiel celui-ci, parle d’un mort parmi les manifestants et plusieurs blessés dont des gendarmes. Ces derniers auraient ouvert le feu en direction des manifestants qui voulaient s’en prendre à leur brigade. Les émeutiers chauffés à blanc, suite au décès d’un habitant de Kaïs, victime lui aussi d’une rafale de gendarmes en faction dans un barrage routier, ont pris pour cible les uniformes verts, après avoir barricadé la route nationale à l’aide de troncs d’arbre et autres pneus en flammes. La victime que l’on identifie, selon les premiers éléments en notre possession comme, étant un contrebandier connu de la région aurait dans un premier temps, dans la nuit de mardi à mercredi, refusé d’obtempérer et tenté de forcer le barrage des gendarmes alors qu’il conduisait un véhicule suspecté de transporter des marchandises de contrebande. La riposte des gendarmes lui aurait été fatale ce qui, précisément, allait mettre le feu aux poudres. Et c’est hier donc que la tension a atteint son paroxysme puisque des témoins oculaires affirment avoir vécu des scènes d’une rare violence. D’un côté, les émeutiers armés de pierres et autres objets, et de l’autre, les brigades antiémeute qui ont usé de matraques, de bombes lacrymogènes et de balles réelles. Le drame ne tardera pas puisque plusieurs manifestants seront touchés par balles, mortelles pour au moins l’un d’entre eux. Nous y reviendrons.

K. G.
Source : Le Soir d'Algérie

Kaïs retient son souffle
Samedi, 10 mars 2007

Retour à Kaïs au lendemain du drame : un calme précaire
Il était 7h30. A quelques kilomètres de Kaïs, le taxi s’est arrêté et un homme, la quarantaine, accompagné d’un gosse portant un cartable en bandouillère montèrent dans la voiture. D’emblée, le père, sceptique quant au déroulement des études aux écoles du village, s’inquiète pour son fils et suscite l’intérêt du chauffeur qui déclarait n’être au courant de rien. Le passager raconte sa version des émeutes qui ont secoué cette localité, suite à la mort du jeune Fatah Ben El Eulmi dans la nuit de mardi à mercredi vers 23h, par une balle sortie du pistolet automatique d’un gendarme. Il affirme qu’une foule impressionnante a pris d’assaut le siège de la compagnie territoriale de la Gendarmerie nationale de Kaïs dès la matinée de mercredi passé. Une manifestation qui a provoqué la riposte énergique des uniformes verts et occasionné un autre mort, Sofiane Belhafsi en l’occurrence, qui se trouve être l’ami intime de F. B., la première victime. En ce jeudi matin, Kaïs semble renouer avec la quiétude. Une quiétude pesante tant les appréhensions du pire étaient palpables chez les badauds. Hormis quelques détritus et ce qui reste d’un pneu brûlé à côté du portail du siège de la GN, tout a été balayé par les agents de l’ordre et les services de la commune. Le vent, qui souffle du côté du mont de Aïn Mimoun, planqué au sud-est de ce village paisible, n’a pas empêché les gens de Kaïs de reprendre leurs activités habituelles. Certains photocopient la une d’un canard qui a fait son ouverture sur les évènements de Kaïs. La localité est mal desservie par les diffuseurs de la presse nationale. Et certains titres ont très vite disparu des étalages des buralistes. L’odeur du genièvre ( el arar) agresse les passants à l’entrée de chaque café. A l’intérieur, tout le monde chuchote le même sujet : la mort des deux jeunes qui, d’après les habitants de Kaïs, étaient les «chouchous» du village. Ces derniers sont des descendants de Ouled Si Zerara, un tentacule de la tribu de Ouled Saïd. Côté Ben El Eulmi, Abdelaziz, un proche du défunt Fatah et P/APC de Kaïs sous la casquette du FLN, s’est déclaré occupé par le transfert du cadavre de Sofiane Belhafsi au service de la médecine légale du CHU de Batna pour l’autopsie. Abdelhafid, le guide des Ben El Eulmi, a indiqué que l’essentiel pour lui n’est pas la cause de l’accident mais de discuter comment préserver Kaïs. Côté Belhafsi, l’émotion était à son paroxysme. Les proches du défunt Sofiane qui ont affirmé que leur cousin est mort par des balles réelles, se sont indignés «des abus des gendarmes». Son frère aîné a accusé le chef de brigade de Kaïs de corruption et même de violer des domiciles sans mandat de perquisition. «Il se prend pour un shérif !» se plaint-il. Un jeune proche de Sofiane affirme que «l’assassinat » de l’enfant des Ben El Eulmi relève de «la hogra» car, selon ses termes, «il n’y a pas de couvre-feu à Kaïs qui empêche les gens à circuler la nuit, nous n’avons jamais vécu une telle situation même lors des années du terrorisme». Durant cette matinée, les notables se sont réunis sous l’égide des autorités locales et dénoncé la violence. Les chefs des familles Ben El Eulmi et Belhafsi, de leur côté, ont tenu des réunions avec leurs proches en les exhortant à garantir le calme.
Les faits : deux versions aux antipodes
La version la plus répandue parmi les habitants de Kaïs est accablante. Selon cette dernière, les trois jeunes faisaient le tour du village à bord d’une Renault Mégane blanche, appartenant au patron du conducteur, un entrepreneur répondant aux initiales K. O. Ils auraient fait demi-tour à l’approche d’un véhicule de la GN en patrouille au village. Les gendarmes prennent en chasse le véhicule. Un gendarme use alors de son arme à feu et touche Fatah Ben El Eulmi qui occupait le siège arrière. Il décédera sur le coup. Le véhicule est alors intercepté et les gendarmes de bastonner les camarades avant de regagner leur unité, selon la même version. La voiture suspecte se dirigera alors vers l’hôpital. Selon le gardien de nuit de cette structure sanitaire, retrouvé à la salle d’attente de la compagnie de la GN, ces jeunes lui ont affirmé qu’il s’agissait d’un accident. Ils ont laissé F. B. aux urgences avant de s’en aller. Le lendemain, les compagnons de F. B. ont été arrêtés par la GN et la nouvelle de sa mort a provoqué un rassemblement de jeunes en colère qui se transformera aussitôt en procession en direction de l’unité de gendarmerie. Tous les commerces ont fermé au risque d’être saccagées. La RN88, qui est l’avenue principale de Kaïs, a été barricadée par des troncs d’arbres et des pneus brûlés, jusqu’à 13h. Et si les éléments de la sûreté et avec l’apport des sages du village ont pu préserver la mairie et d’autres immeubles publics, ils n’ont pas su dissuader la foule à s’en prendre au siège de la GN ni de parer à la destruction des plaques de signalisation et les lampadaires de l’éclairage public sur leur chemin. Certains accusent les gendarmes d’avoir riposté, en plus des bombes à gaz lacrymogène et des balles en caoutchouc, en utilisant de la munition réelle. D’autres citoyens évoquent par contre la légitime défense du fait que «les émeutiers ont tenté de détruire leur caserne qui abritait également leurs familles». Bilan : la mort de S. B. et une dizaine de blessés dont son voisin Lotfi Nezzer, un gamin de 13 ans. Une balle en caoutchouc s’est logée dans la nuque. D’après des sources officielles, son état de santé s’améliore après qu’il ait subi une intervention chirurgicale le jour-même dans une clinique privée à Khenchela. «Le nombre de blessés est plus important. La majorité d’entre eux ne se sont pas soignés à l’hôpital craignant de voir leurs noms cités au cours de l’enquête », a ajouté un témoin oculaire. Néanmoins, la version des faits, selon un policier de Kaïs, est différente. Les gendarmes étaient en barrage à la sortie ouest de Kaïs sur la RN 88 menant vers Batna au moment où la Mégane qui se dirigeait vers le village avait dévié le point de contrôle et pris le chemin de la cité Jugurtha, un lotissement en phase d’expansion dépourvu d’éclairage public. Un 4x4 de la GN l’a poursuivie sans que ses occupants daignent se soumettre aux sommations d’usage. Le drame était dès lors inévitable après l’intervention des gendarmes. «C’est une bavure !» Il précisera par ailleurs, que deux unités de la police antiémeute, de Batna et Tébessa, avaient rejoint la police de Kaïs mercredi vers 13h ce qui a permet à maîtriser de la situation. A 17h du même jour, la route a été ouverte après de violents affrontements avec les émeutiers. Les heurts se poursuivront cependant jusqu’à 23h par des jets de projectiles incessants côté émeutiers et la riposte des brigades antiémeute qui ont usé notamment de bombes lacrymogènes. «Des bandits auraient profité de la situation pour braquer des citoyens à la périphérie du village en utilisant des armes blanches», ajoute notre interlocuteur. La police a procédé d’ailleurs aux arrestations de 4 braqueurs. Du côté de la GN, aucune information n’a filtré sur le sujet. L’état-major du cinquième commandement régional était à Kaïs. Devant l’immeuble en face de la compagnie de Kaïs, un locataire refuse de se prononcer. «J’étais absent. Regardez les murs, c’est tout ce que je peux dire», se contente-t-il de murmurer. Son frangin, un écolier du primaire, affirme pour sa part que tous les élèves ont été retenus jusqu’à 13h. Le voisin, lui aussi, a déclaré qu’il n’habite pas le coin. Deux trous de presque un centimètre de diamètre étaient visibles sur le mur de ce bâtiment à un mètre du sol. Un quinquagénaire, apparemment familiarisé avec les armes à feu, révèle que c’est l’effet de balles d’un calibre d’au moins 7,62 mm, «un caoutchouc ne pénètre pas dans le mur au-delà de 20 mètres».
L’enterrement de toutes les appréhensions
Le calme relatif de la matinée a cédé la place dès le début de l’après-midi de jeudi, aux premières échauffourées. Des groupuscules, constitués pour la plupart de jeunes de 15 à 17 ans, provoque le dispositif des brigades antiémeute dépêchées à Kaïs. La rumeur qui circulait faisait état qu’une manifestation de la population de Kaïs était prévue lors de l’enterrement de F. B. et S. B., les dépouilles mortelles des deux victimes étaient en effet en route vers Kaïs en provenance du CHU de Batna. La RN88 a été bloquée de nouveau. Les chemins de traverse de la cité de l’Emir- Abdelkader, le cœur du village de Kaïs, appelée communément la Dechra, se sont transformés en un laps de temps en champ de bataille entre émeutiers et agents de l’ordre dans une escalade aussi imprévisible que dangereuse. Le gaz lacrymogène se fait sentir partout. Les autorités locales ont pu convaincre les familles des victimes de détourner le cortège funéraire directement vers Hanchir Lazreg, à 15 km de Kaïs dans la plaine de Remila, où se situe le cimetière familial. Vers 15h30, la situation semblait être maîtrisée. La route nationale est de nouveau débloquée et le village commence à se vider au fur à mesure. Les gens ont pris la direction du cimetière. Le wali, le P/APW, les députés de la wilaya et les autorités locales de Kaïs étaient tous présents. Ils ont axé les discussions sur les vertus de la sagesse en vantant la position des notables de la région. À l’arrivée des dépouilles, la mère et sœurs de Fatah Ben El Eulmi ont ému les présents en s’acharnant sur le cercueil du défunt. C’était le tuteur de la famille. Son père est mort il y a quelques années et son petit frère est diabétique…Retour au village. La vie peine a retrouver son cours normal et le calme qui y régnait semblait précaire à plus d’un titre. D’autres échauffourées entre manifestants et agents de l’ordre ont eu lieu d’ailleurs au courant de la journée d’hier (vendredi) à Kaïs qui retient toujours son souffle et où l’on croise encore les doigts.

Lyas Hallas
Source : Le Soir d'Algérie

Kaïs - La gendarmerie dépêche une commission d’enquête
Samedi, 10 mars 2007

Au lendemain des émeutes qui ont secoué, mercredi dernier, la petite localité de Kaïs, située à 20 kilomètres du chef-lieu de la wilaya de Khenchela, le calme semble, peu à peu, reprendre ses droits, en dépit de la tension qui a régné durant deux jours consécutifs, suite à la mort des deux jeunes Belaâlmi et Belhafsi, âgés respectivement de 33 et 32 ans. En effet, c’est dans une atmosphère empreinte de consternation que l’enterrement des deux victimes a eu lieu, jeudi après-midi, au cimetière Henchir-Lazrag, dans la mechta de Ouled Si Z’rara, dans la commune de R’mila. À l’approche du cortège funèbre, l’agitation des citoyens, venus assister à la levée des corps, commençait à se faire sentir aux alentours de la rue principale, ce qui amena les parents et les proches des victimes à changer l’itinéraire et se diriger directement au cimetière, où les attendaient les autorités civiles et militaires de la wilaya.
Par ailleurs, une commission d’enquête dépêchée par l’état-major de la Gendarmerie nationale s’est déplacée sur les lieux, au lendemain des émeutes, afin de déterminer les causes et les circonstances des émeutes qui ont fait, au total, deux morts et 25 blessés, dont 15 parmi les éléments de la Gendarmerie nationale. Par ailleurs, selon d’autres sources concordantes, 17 personnes ont été interpellées, dans la nuit de mercredi à jeudi et se trouvent toujours en garde à vue, dans les locaux de la sûreté de daïra. Pour rappel, les évènements remontent à la nuit de mardi à mercredi derniers. Un automobiliste, le jeune Belaâlmi en l’occurrence, était à bord d’un véhicule de marque Renault Megane, en compagnie de deux amis, lorsque ce dernier a été sommé de s’arrêter à un barrage de la Gendarmerie nationale. Le jeune conducteur a, selon notre source, refusé d’obéir aux sommations de la gendarmerie et forcé le barrage. Suite à quoi, les gendarmes en poste ont tiré sur le véhicule et ont blessé le jeune Belaâlmi qui décédera sur le coup. Le jeune Belhafsi, quant à lui, sera touché par balle, lors des émeutes qui ont éclaté le lendemain du tragique accident et succombera à ses blessures le jour même, où quelque 300 citoyens ont, rappelons-le, assiégé la brigade de la gendarmerie et saccagé les locaux. Ils ont brûlé, dans la foulée, 4 véhicules 4x4.

Walid. B./L. N.
Source : Liberté

Kaïs - 21 manifestants écroués pour vandalisme
Mardi, 10 mars 2007

Selon des sources judiciaires, pas moins de 32 jeunes, qui ont participé aux émeutes de Kaïs, la semaine dernière, ont été entendus hier par le juge instructeur près le tribunal de Kaïs. Après quoi, 21 manifestants ont été placés en détention préventive pour attroupement sur la place publique et pour acte de vandalisme. Les onze restants ont été laissés en liberté provisoire. Selon les mêmes sources, le gendarme, qui aurait tiré par erreur sur un jeune de Kaïs ayant refusé de s’arrêter lors d’un barrage de contrôle, a été également écroué.

Walid. B
Source : Liberté

Kaïs - Les gendarmes tuent encore!
Mardi, 10 mars 2007

Les gendarmes continuent de tuer ! Ils viennent d’assassiner deux jeunes Algériens à Kaïs. Belhafsi Sofiane et Belaamri Fateh, ont été fauchés en pleine jeunesse par des criminels en uniforme.
Ils ont tué le premier qui était à bord d’un véhicule qu’ils avaient pris en chasse et qu’ils auraient pu immobiliser par d’autres moyens, sans être obligés de recourir à des tirs ciblés pour tuer. Puisqu’ils disposaient d’un véhicule plus rapide et que l'interception se faisait en terrain dégagé. Les occupants de celui qu’ils poursuivaient n’étaient pas armés et ils ne représentaient aucun danger pour eux ! Le jeune qu’ils ont touché mortellement n’était même pas au volant et se trouvait à l’arrière du véhicule.
Ils ont tué le deuxième, alors que celui-ci, un ami intime de la victime, accompagnait une foule nombreuse de jeunes qui avaient assailli la brigade de Gendarmerie, au lendemain du crime, pour exprimer leur colère, leur exaspération contre des bandits en uniforme qui ont fait main basse sur leur petite ville et qui tuent leurs frères. Les gendarmes qui disent avoir utilisé des balles en caoutchouc, pour protéger leurs familles soutiennent ils malgré la mort de ce jeune homme, ont tiré à balles réelles pourtant. Tiré pour tuer ! Si la foule présentait une véritable menace pour leurs familles, comment expliquer que plus de trois cent jeunes en colère n’aient pas investi les lieux, pourtant très accessibles. Le fait est que le gendarme qui a tiré à balle réelle, a visé une cible et qu’il a tiré froidement, pour tuer. Les gendarmes sont de très bons tireurs. Ils peuvent viser les jambes ou les pneus. Ils préferent cibler la tête ou les organes vitaux.
L’explication en est d’abord que les gendarmes, censés tous être des officiers de Police Judiciaire, dûment assermentés, sont pourtant formés à l’emporte pièce. Non pas pour faire face à des situations extrêmes et ne jamais perdre leur sang froid, mais pour réprimer toute velléité de la population. Leur perception de la foule a été forgée de façon à leur désigner tout mouvement de la population comme une menace qu’il faut briser par tous moyens. Tout manifestant est pour eux une cible permise. Ils savent qu’ils peuvent tuer. On le leur a inculqué. D’autant que les gendarmes de Kaïs ont avec sa population une relation très particulière. C’est pour cela que les deux jeunes de Kaïs sont morts ! Parce que le Darak El Watani porte en lui le réflexe d’une force de répression, parce que le gendarme est assuré de l’impunité et parce pour lui tous les jeunes sont des trabendistes qui doivent payer la dîme.
L’assassinat du jeune Germah Massinissa qui a enflammé toute la Kabylie, qui a eu des conséquences tragiques sur toute la région des années durant, et qui continue d’en avoir, qui a fait germer dans le cœur de nombreux Kabyles jusqu’au désir de se séparer de l’Algérie, aurait pu servir d’exemple. Un Etat attaché à la sauvegarde du pays et de sa cohésion aurait pris toutes les dispositions pour que pareille tragédie ne se reproduise plus. Ce fut loin d’être le cas. Le pouvoir instrumenta lui-même la colère des gens. Il fomenta le départ de tous les gendarmes de la Kabylie. Non pas pour se soumettre à la volonté de la population, comme il le laissait croire, mais pour la punir et l’abandonner à son propre sort. Comme pour lui dire : « Ou tu acceptes qu’on tue tes enfants sans broncher, comme le reste des Algériens, où on instaure la pagaille chez toi ! »
Entre temps, la gendarmerie, encore pire que les autres Corps de sécurité, continuait de se consacrer à ses activités favorites : la corruption, le racket, l’extraction de fonds, la gestion du trabendo. A Kaïs, les gendarmes se sont toujours distingués pour leur forte implication dans ces trafics. Toute la population garde en mémoire de nombreux cas qui ont failli mettre le feu à la poudrière. Des scandales à répétition. Sans répercussion aucune pour les gendarmes qui ont en été les auteurs. A Kaïs, ces « auxiliaires de la justice » se sont toujours comportés en maillons incontournables de tous les trafics qui ont cours dans la région. Il faut savoir que la population de Kaïs, qui s’est particulièrement intensifié au cours des vingt dernières années, souffre d’un chômage endémique. Dans une région agricole vivrière très difficile à exploiter, dont le barrage qui date de la période coloniale, s’est lourdement envasé, et dont l’unique ressource, pour une population active dont le taux de chômage dépasse les 50%, est le Trabendo. Kaïs se trouve en effet sur l’axe du commerce informel à destination et en provenance de la Tunisie. Tout y transite : Cheptel ovin, denrées alimentaires, cigarettes de contrebande et Kif. La gendarmerie de Kaïs est fortement et notoirement impliquée dans le trafic. Elle y pratique un racket systématique sur tous les réseaux. On connaît même le cas de gendarmes qui tiennent des carnets où ils notent les montants que doivent leur verser les jeunes qui activent dans telle ou telle filière. Ils sont au courant de tout ce qui se passe, connaissent les chemins détournés, « vendent la route » aux trafiquants des autres régions qui transitent par leur « territoire », disposent d’indicateurs et de rabatteurs patentés. Ce sont des « protecteurs » qui pressurent les jeunes qui n’ont pas d’autre choix pour gagner leur vie. S’ils ont tiré sur le véhicule qui a pris la fuite, ce n’est pas parce qu’ils pensaient avoir affaire à des terroristes éventuels, mais parce qu’ils devaient, à ce moment, croire qu’un trabendiste voulait échapper à leur racket. S’ils ont tiré sur le deuxième, c’était pour mater une foule asservie qui osait relever la tête !
Tous les gendarmes ne sont pas ainsi. Certains sont restés honnêtes et tentent vaille que vaille de faire leur devoir dans les voies de l’honneur et en respect du serment qu’ils ont prêté. Ils ont d’autant plus de mérite qu'ils sont très mal vus par leurs collègues, dans ce corps où les seules valeurs qui ont cours sont celles du profit à tout prix, de la force brutale et de l’oppression. Les deux jeunes Algériens qui ont été assassinés, car c’est le mot, par ces brutes sanguinaires, viennent s’ajouter à la longue liste de leurs exactions. Les Algériens de cette région, comme celle du reste du pays, trop longtemps meurtris par ceux qui prétendent les protéger, sont dans l’expectative. Pour le moment, le temps est à la douleur. Kaïs enterre ses morts dans la pudeur et le recueillement. Mais les Algériens ne seront pas éternellement des hommes qu’on tue impunément !

Djamaledine BENCHENOUF
Source : Algeria-Watch
Article : Assassinat de jeunes A Kaïs

Kais - Après l'inculpation des 18 Gendarmes : Un clan de l'Armée casse une décision de Justice!
Jeudi , 15 mars 2007

Des informations nous confirment que 18 gendarmes, dont des gradés, auraient effectivement été inculpés et placés en détention préventive dans l'affaire de Kaïs qui a coûté la vie à deux jeunes Algériens. Selon certaines sources, la décision aurait été décidée conjointement entre la Cour d'Oum el Bouaghi et le Parquet militaire de Constantine. Selon d’autres elle aurait soulevé un problème entre la première et le second ! Mais dans un cas comme dans l'autre, l'inculpation a eu lieu, ainsi que la mise en détention préventive.
Il n’y a aucun doute pour qui connaît le mode de fonctionnement du régime algérien qu’une mesure d’une telle gravité n’a pu être que « suggérée » par des cercles situés au plus haut du pouvoir de l’Etat. Avec l’accord du Commandement militaire virtuel ! Probablement, parce que l’enquête sur ce qui s'est passé à Kaïs a révélé de graves dysfonctionnements au sein de la Gendarmerie de Kaïs et des abus dans les faits qui ont entraîné la mort des deux jeunes hommes. Parce qu’il était devenu urgent de rétablir la confiance entre la population et les forces de l’ordre. Parce qu’il fallait soustraire celles-ci à la terrifiante logique des mafias qui ont pris le pays en otage et qui préfèrent avoir sous la main des services de sécurité corrompus, pour consacrer le fossé entre un Etat oppresseur et une population asservie, avec l’aide de ses propres enfants, jetables et interchangeables, qu’on a revêtus d’un uniforme de circonstance, en attendant de les remplacer quand ils auront été tués par ceux qu’ils oppriment par procuration.

Une telle mesure ne s’est jamais produite dans le pays, depuis son indépendance. Malgré des dépassements autrement plus graves, notamment lors des tragiques évènements d'Octobre 88 ou ceux de Kabylie. Aucun magistrat civil et encore moins une Chambre d’accusation n’aurait pu, en situation ordinaire, inculper et placer 18 militaires en détention préventive, sans un aval politique éminent. Vraisemblablement celui du Chef de l’Etat lui même!
Le commun des mortels en Algérie sait parfaitement qu’il n’existe pas l'ombre d'une possibilité pour qu’un magistrat civil procède à une inculpation de 18 gendarmes de son propre chef ! C’est totalement exclu ! Nous ne le dirons jamais assez !

Il faut par ailleurs retenir le fait que l’inculpation n’a concerné que 18 Gendarmes ! Alors que toute la compagnie territoriale était engagée dans l’évènement. 18 Gendarmes sur plus d’une centaine d’autres éléments engagés dans l’évènement. Pourquoi ceux là et pas les autres? C’est dire que la recherche a abouti à des dépassements flagrants et imputés. D’autant que la gendarmerie de Kaïs était réputée dans toute la région, depuis des années, pour sa forte implication dans des trafics en tout genre. D'autant que le comportement de ses membres avait déjà crée des problèmes avec la population.

Ces Gendarmes inculpés ont pourtant été libérés ! En violation d’une décision expresse et formelle de Justice. Leur inculpation sera probablement annulée, s'il elle ne l'a déjà été. Des journaux aux ordres vont se faire un devoir d’expliquer à l’opinion qu’il y a eu confrontation de prérogatives judiciaires, entre les instances militaires et civiles. Pour escamoter la vérité. Je ne pense pas que des voix, de l’intérieur de l’Algérie, s’élèveront pour dire qu’une bande de bandits qui se sont nommés les uns les autres aux plus hauts grades de l’Armée, a défié la République qu'elle prétendait défendre, parce qu'elle a estimé qu’il était dangereux pour sa propre survie que la vraie République puisse reconquérir ses attributs. Que tous les Algériens soient égaux devant la Loi ! Qu’aucun membre des forces de l’Ordre ne puisse outrepasser ses prérogatives ! Que la vie de tous est sacrée ! Que quiconque doit rendre compte de ses actes ! Quel qu’il soit ! Que nul n'est au dessus des lois!

Les Algériens et le monde entier doivent savoir qu’un cercle du Commandement militaire, celui qui entretient la violence terroriste et qui instrumente une mafia politico financière à sa dévotion, a réagi immédiatement à la mesure d’inculpation des 18 gendarmes. Il en a fait une affaire de première importance ; il a même battu le rappel de Généraux qui avaient été mis à la retraite et qui continuent de considérer que rien ne doit se faire sans leur consentement. Il a donné des ordres pour que les gendarmes inculpés et incarcérés soient libérés sur le champ. Sans même négocier avec qui que ce soit. Il l’a décidé unilatéralement, parce qu’il s’est senti menacé. Cette décision de Justice contre des militaires qui ont tué des civils, la premiere de la Justice algérienne depuis l’indépendance, serait elle dictée par le Pouvoir politique, représente à leurs yeux un grave précédent, une dérive. Ils considèrent qu’il y va de leur propre survie. Dans leur logique mafieuse, cela ouvre, en effet, la porte à n’importe quel magistrat de la République de pouvoir les inculper eux même pour des faits qui pourraient leur être reprochés ultérieurement. Après qu'ils se soient auto amnistiés pour leurs crimes passés. Au moment où ils envisagent de réactiver la violence terroriste et de se positionner en rempart d’un occident qui joue à se faire peur. Ce serait la fin de leurs rêves de héros de la "global war", de leur règne despotique et de leurs abus. Le commencement d’une autre Algérie. Une Algérie débarrassée de leur présence mortifère.

Cette information étant d’une importance capitale pour l’avenir de l’Algérie, il est necessaire de répéter que des responsables de l'Institution militaire, aux plus hauts niveaux de commandement, et même d'ex chefs de l'Armée qui avaient été mis à la retraite mais qui se considèrent toujours comme des Autorités ayant droit de regard dans tout ce qui concerne la marche du pays, ont manifesté leur refus catégorique d'une décision de justice émanant d’instances judiciaires, civiles et militaires. Des réunions de plusieurs Chefs de l’Armée auraient eu lieu et des pressions insoutenables auraient été exercées pour contrer la marche de la Justice.
Cette intrusion de certains chefs de l'Armée doit être considérée comme une rébellion et une action délibérée contre la République.
C’est un acte de terrorisme contre tout le peuple algérien.

Djamaledine BENCHENOUF
Source : Tahia Bladi

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